Alors là, vous quittez vos charentaises-pépé-motifs-à-motifs-quadrillés et vous vous précipitez dans votre cuisine. Prenez le premier Bic sous la main. Et répondez. Question 1 : New York, c’est pour vous… A) Le symbole orgasmique d’une ville sexuellement excitante. B) La statue de la Liberté en vrai et c’est déjà trop. C) La mégalopole ? in ? où il faut absolument se trémousser. La dernière proposition est à l’image des premières : inutile.
Pour eux, ce n’est ni A) ni B) ni C). Ni test, ni magazine féminin. Leur réponse est claire : New York, c’est un rêve, comme dans la chanson d’Yves Simon que nous n’avons pas connue car nous sommes très jeunes. New-York, c’est le rêve américain et à la fois un peu plus que cela. C’est un rêve à lui tout seul : les écrans géants qui pétillent dans la nuit, les taxis qui laissent une trainée jaune sur les avenues, les limousines, les buildings.
New York, pour eux, c’est l’Inconnu connu avec un big ? I ?. C’est tout ce qu’ils connaissent déjà mais qu’ils vont découvrir. En vrai. C’est du vu à la télé et au ciné, du son entendu à la radio, sur un CD, sur leur MP3. New York, c’est la capitale que le monde entier conna?t mais qu’on rêve de voir. En vrai. Et eux vont la voir. Et nous aussi. En vrai.
?a commence ici. Le feu crépite au Moulin Fayvon, lieu de résidence de l’association FACE. Monte Laster, artiste américain habitant La Courneuve (93) depuis 20 ans, porte une casquette. Yeux rivés sur son écran. Un air d’opérette passe. Apaise. Un violon bat la cadence. Un violoncelle reprend la chandelle. Dehors, c’est la nuit. Monte Laster projette des images filmées par les huit heureux, des gamins (enfin pas si gamin parce qu’ils ont notre age, et qu’on a 34 ans à nous deux, donc 17 ans chacun) partis filmer leur ville : La Courneuve. Un peu de tout, un peu n’importe comment. Du bout à bout, pour l’instant. La scène se déroule en décembre. Monte n’a pas décollé ses pupilles de son écran depuis des mois. Depuis septembre, l’artiste d’origine texane s’est lancé à pieds joints dans un projet hors du commun. Il s’est creusé le ciboulot pour trouver des subventions, a frappé aux portes fermées. Celles, notamment, de la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) et de l’ambassade des Etats-Unis à Paris, se sont ouvertes.
Le projet s’est monté dans le cadre de la préparation de la Biennale d’Harlem 2012. Son nom : Our Better Angels (traduction officielle sur le site de FACE : nos anges les meilleurs). Au générique, les anges, c’est eux : la majorité dans quelques semaines ou quelques mois (sauf un qui a déjà ses 18), à l’école dans la vie civile et le rap comme défouloir et passion invétérée.
A l’origine de ce rêve en passe d’être réalisé, il y a l’élection d’Obama à la présidence des Etats-Unis. Monte Laster se saisit alors d’une idée : amener des adolescents de La Courneuve à la Maison-Blanche. Il demande à Ihab B-Ghetto, 18 ans et rappeur, de trouver des volontaires pour le voyage enchanteur. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8. Voilà. Ils sont là. Prêts à décoller pour Obama. Prêts à découvrir leur ailleurs fantasmé. Et tous mobilisés pour ?a depuis septembre, se retrouvant au Moulin à monter leur film, leurs clips. A faire écrire du slam aux minots de l’école primaire toute proche. Leurs yeux gonflent, synchrones, quand Monte dit : ? C’est des filles américaines qui vont nous faire visiter leur lycée. ?
Ils ont atterri à NYC (prononcez n-whai-si, c’est imposé ), y restent jusqu’au 28. Y chanteront, s’y produiront, y montreront leur film et leurs clips réalisés à La Courneuve. Ils iront aux origines de leur musique aussi. Et puis, de 28 au 3 mars, descente au sud chez Barack Obama, à Washington. Au fait, on vous a pas dit, on les rejoint demain, lundi. Bah oui, on a trouvé de la place dans le dispostitif comme blogueurs narrateurs, sauf que l’un de nous deux avait un problème de passeport biométrique à régler, d’où notre retard au décollage. On vous racontera.
Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah
Photos de Joanna Maclannan :
Haut : de gauche à droite, Houssam (seul danseur de la troupe), Mehdi, Dramon, Apo, Kaiz, Dayas, B-Ghetto, Sparte, Monte, Badrou et Mike (artiste qui accompagne le groupe).
Bas : B-ghetto (Ihab), Kai’z et Sparte à La Courneuve.
montres
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire